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mardi 12 mars 2013

Spectateurs de notre propre destin


Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense, a annoncé le retrait des troupes françaises de l’Opération Serval dans les prochaines semaines. Après avoir reconquis et partiellement sécurisé les principales villes du nord du Mali, les troupes françaises rentreront bientôt à la maison, avec sans doute, le sentiment du devoir accompli. Si tout se passe comme prévu, l’Histoire retiendra la courageuse et juste décision de François Hollande et l’efficacité de l’armée française, n’en déplaise à son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui semble n’avoir toujours pas digéré sa défaite à l’élection présidentielle du 6 mai 2012.
L’armée tchadienne aurait pu, sans que personne ne lui en tienne rigueur, prendre la même décision de se retirer. Prompts à se déployer au Mali, courageux en première position sur la ligne de front, ses vaillants soldats sont venus mourir sur notre champ d’honneur. Présent à N’Djamena le 1er mars dernier, j’ai pu ressentir l’émotion et la fierté des tchadiens en ce jour de deuil, férié pour l’occasion, où un hommage mérité de la Nation leur a été rendu. Là aussi, l’Histoire retiendra que des tchadiens ont donné leur vie pour sauver celles des maliens. En prime, ils intègrent une « force », la MISMA, d’un espace régional auquel ils n’appartiennent même pas.
Pendant ce temps, les spectateurs regardent le film des évènements tragiques qui se déroulent sous leurs yeux. Au premier rang : le Gouvernement malien. Qu’une délégation malienne de haut niveau – le Président lui-même, le Premier Ministre ou tout au moins le Ministre des Affaires Etrangères – ne se soit pas déplacée à N’Djamena le 1er mars est tout simplement inacceptable et incompréhensible. C’est plus qu’une faute diplomatique, c’est une ingratitude d’Etat. La France et le Tchad ont rendu hommage à leurs victimes et les ont décorées à titre posthume. Le Gouvernement du Mali ne leur a décerné aucune médaille, ni aucun témoignage de reconnaissance, ni même rendu hommage à ses propres soldats, donc morts pour rien, au champ de notre déshonneur.
Au second rang : l’armée malienne. Pendant que français et tchadiens risquaient leur vie au nord pour faire le travail pour lequel notre armée est payée aux frais du contribuable, bérets rouges et verts gaspillaient leurs munitions à Bamako, au cours d’un honteux règlement de comptes. Des soldats du front (du côté de Diabaly) se mettent en grève en quittant leurs positions. Les quelques uns partis au front – à contrecœur – restent en arrière, peureux aux portes de Kidal. Un ami me disait très justement qu’il y’a « un Serval au nord et pas de Cerveaux au sud ».
Au troisième rang : les troupes ouest-africaines, à l’exception notable du Niger. Comme toujours lorsqu’il s’agit de la CEDEAO, on palabre, on tergiverse. La guerre sera terminée depuis bien longtemps lorsqu’ils auront fini leurs interminables discussions, doublées d’un incroyable chantage à coups de millions de dollars, quémandés à la « communauté internationale » pour financer leur effort de guerre.
A quoi servent alors notre Gouvernement, nos soldats et la « fraternité » de nos voisins s’ils ne sont pas au rendez-vous d’une telle cause ? Aucune autre, plus que celle-là, n’aurait mérité leur engagement sans faille. Là, l’Histoire retiendra que lorsque le Mali a été menacé de disparition, son Gouvernement a failli, son armée ne s’est pas mobilisée pour le défendre et ses voisins l’ont abandonné à son triste sort.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Au quatrième rang, les éternels "brigueurs de mandats", "nés pour gouverner" qui se rendent à peine compte que des concitoyens et des amis du Mali meurent des effets de leur mal gouvernance cumulée. Tout à côté, leurs affidés qui honteusement affinent leurs armes et étalent leur insouciance du devenir du pays par des appels à candidatures, des créations de groupes politiques de soutien et que sais-je encore. Dans le même rang, pauvres de nous, éternels plaignants mais prompts à tendre la main pour les miettes de campagne, à choisir les mêmes que chaque fois nous décrions, à rester électeurs et jamais candidats...
Moustaphe