Au Mali, le discours a changé. On
n’y parle plus que de l’après-guerre, alors même que celle-ci n’est pas encore
terminée, loin s’en faut. Il suffit de voir les images de guérilla urbaine dans
les rues de Gao pour réaliser que les narco-jihado-terroristes sont planqués
partout dans les villes du nord. Il n’empêche, le débat au pays comme en dehors
du Mali tourne autour des mots de mots de Reconstruction, Refondation et même
Réinitialisation ou Reformatage du Mali.
Ce qui saute aux yeux est qu’il
y’a du travail, beaucoup de travail, tant on a la désagréable impression d’un
pays qui marche sur la tête.
La conscience collective des maliens
a été bercée depuis cinquante ans de quatre grandes illusions. La première est
que nous aurions du ressort car nous serions les dignes fils et filles du pays
des grands empires (Mali, Songhoï, etc.) et des grands royaumes (Bambara, Peulh,
etc.). Héritiers de Soundjata, Samory, Babemba, Thieba, Fihroun…rien ne
pourrait nous arriver que nous n’ayons les moyens et la force d’affronter. La
seconde illusion est que le Mali serait doté d’une armée solide, bien entrainée
et bien équipée, « la meilleure
d’Afrique de l’Ouest à l’exception du Nigeria ». La troisième est que
nous vivions dans une démocratie exemplaire, faite de liberté d’expression, de
dynamisme de la société civile et d’institutions républicaines. La dernière est
que notre traditionnel « cousinage à
plaisanterie – Sinangouya » nous mettrait à l’abri de toute tension
intercommunautaire et de tout conflit aux relents ethniques.
Où est donc passée notre grandeur
héréditaire ? Où était notre vaillante armée lorsque, pour la première
fois depuis son indépendance, l’intégrité de notre pays a été gravement menacée ?
Comment se fait-il que notre démocratie et nos institutions se soient
effondrées aussi vite et aussi facilement, en quelques jours ? Où sont donc
passés les cousins et cousines depuis un an ?
Dans l’inévitable refondation du
Mali, qui requiert tant de mobilisation, on ne devra plus se voiler la face, ni oublier de travailler à une république de la vérité. On ne peut pas
se contenter de clamer les forces imaginaires d’une Nation en se bombant la
poitrine, on les bâtit minutieusement par la pédagogie et par l’Education.
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