Nous venons de boucler la première
année de ce qu’il convient désormais d’appeler la crise malienne. Ce n’est pas
encore terminé, et l’heure du vrai bilan n’a pas encore sonné. Il se fera dans
quelques années et devrait être un travail de spécialistes : historiens,
politologues et autres intellectuels autorisés. Je livre ici, comme toujours,
mon modeste point de vue de citoyen attentif à ce qui se déroule dans mon pays,
en essayant de tirer des leçons qui pourraient aider à (re)construire, plus
tard.
La première
leçon évidente est l’extrême fragilité de l’Etat et des institutions du Mali. Tout
s’est effondré en quelques jours, sous la menace d’un groupuscule de soldats. Là
dessus, tout le monde s’est trompé ou s’est laissé tromper par l’illusion de la
solidité de notre démocratie en construction. Cette fragilité factuelle a fait
apparaître une autre, plus conceptuelle, celle de la croyance des maliens dans
leur démocratie : nous étions nombreux à croire naïvement, avant crise,
qu’il n’y avait plus de place pour un coup d’état au Mali.
La seconde
leçon porte sur le mode de gouvernance du pays qui, au-delà des faits du
Prince, des tapis rouges et des intrigues politiques de Bamako, a laissé les
2/3 du pays sans aucune surveillance, sans protection et sans présence de
l’Etat, donnant l’impression que l’intégrité du territoire était sélective. Cet
abandon du Nord a fertilisé le terreau sur lequel le narco-djihado-terrorisme a
poussé, s’est développé et a menacé l’existence même de notre pays.
La crise a
révélé – c’est le troisième enseignement – que certains de nos compatriotes étaient
prêts à s’allier avec le diable pour servir leur propre cause égoïste, masquée
par une représentativité usurpée et illégitime des « populations du
Nord ». Peu leur importait si cette alliance devait apporter avec elle les excès
de l’obscurantisme religieux et des velléités sécessionnistes aux relents
ethniques.
Un autre
enseignement porte sur l’incompétence caractérisée de notre classe politique,
dans son ensemble. Refusant sa responsabilité dans la mal-gouvernance qui nous a conduits là – et en reportant chacun la faute sur les autres – sa gestion de
cette année crise aura été, au mieux, très en dessous des espérances : incapacité
à donner une vision pour le futur, incapacité à contenir et à mettre la junte
militaire hors du jeu politique, incapacité à affronter dignement la reconquête
des régions occupées, absence remarquée lors des moments clé de cette courte
histoire, etc. Pendant que le pays était à feu et à sang, les mêmes
travaillaient leurs alliances (à Bamako ou…à Dakar), mobilisaient leurs soutiens
et comptaient leurs moyens – souvent frauduleusement acquis – pour prendre le
pouvoir, le moment venu, et continuer comme avant.
La leçon la
plus inquiétante pour l’avenir du Mali est sans doute l’incapacité de la
« jeune classe politique » à émerger et à représenter une alternative
crédible. On ne peut pas se contenter de clamer que sous prétexte qu’on est
plus jeune, on incarnera, à l’évidence, le changement souhaitable. Les
prochaines élections le confirmeront ou pas, mais il me paraît clair que
l’opinion malienne associe ces jeunes au « tous pareils ». On pourrait
continuer ainsi durant des pages encore, à égrainer les leçons...
La
situation du Mali est-elle pour autant désespérée ? Peut-être pas. Gageons
que les prochaines élections, à défaut d’élire les meilleurs Président et
Députés, nous doteront des moins mauvais afin de créer, sans trop de casse, les
prémices de la Reconstruction du pays. Ma conviction est que notre prochain
Président ne sera pas celui qui bâtira le Mali de nos espérances. On lui
demandera tout au plus – et on s’en contentera – d’en jeter les bonnes bases.
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