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mercredi 14 mai 2014

Impressions

Je viens de boucler un séjour d’un mois au Mali. Cela faisait un moment que je n’étais pas resté aussi longtemps. J'ai eu l’opportunité de regarder ce qui s’y passe et d’écouter ce qu’on en dit de l’intérieur.
La première impression qu’on a est celui d’un pays qui a pris un sacré coup sur la tête. Cela se voit et se sent partout, on a pas besoin d’un avis d’expert ni de l’étude d’un spécialiste. Il suffit de se déplacer à Bamako, de n’importe quel point vers n’importe quel autre, on est frappé par l’incivisme grandissant, l’insalubrité ambiante et la précarité.
La seconde impression, non moins insupportable, est le comportement quelque peu pleurnichard des personnes avec lesquels on parle. Tout le monde répond à la banale et naturelle question « comment ça va ? » par une longue litanie sur la crise, sur ses difficultés propres et cette phrase qui revient toujours à la fin : « le pays est arrêté ! ».
La troisième, tout aussi peu rassurante, est sur la scène politique. L’ambiance délétère dans le pays est frappante, qu’il s’agisse de la gestion familialo-clanique du pouvoir, des conditions de la démission d’un Premier ministre prometteur ou encore des conditions de passation des marchés ou d’achats des biens et services par l’Etat, tout y passe. Chaque sujet est discuté partout, avec plus ou moins de clairvoyance, de retenue ou de connaissance des dossiers.
Pour ma part, je pense que le sujet qui aura défrayé le plus la chronique est l’achat de l’avion présidentiel. Pourtant, elle est de loin moins importante pour l’avenir du Mali que les conditions et les raisons du départ du Premier ministre ou encore de la manière dont, dit-on, le pays serait géré par Karim Keïta, le fils du Président de la République. Plusieurs signaux laissent à penser que les dérives de fin de règne ailleurs se constatent déjà en début de régime ici…
Ce sujet cristallise les critiques pour des raisons simples, liées à sa mauvaise gestion. En effet, acheter un avion présidentiel n’est pas en soi un problème pour un pays. Dans le cas particulier du Mali, le problème se situe au niveau de la manière (la mauvaise communication) et du moment choisi (les maliens attendaient d’autres signaux).
Que le Président de la République s’offre un Boeing 737, quelques semaines après avoir réglé définitivement la question de Kidal et avec elle celle du MNLA et de ses affiliés, personne n’aurait trouvé à y redire. Que cette acquisition arrive peu après le retour à un fonctionnement jugé normal de l’économie (que le pays redémarre), et un sentiment de sécurité retrouvé dans le pays, on aurait tous applaudi.
Mais là, on a donné un mauvais signal, celui de laisser penser que le confort des quelques uns passe avant la survie de tous les autres.

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