En
ces temps d'élections présidentielles,
la tentation est grande de succomber aux comparaisons et de réfléchir un
instant sur le sens du débat en démocratie. Je voudrais comparer à cette fin
les cas du Mali et de la France. Ils ont en commun de se tenir dans le même délai
(respectivement les 29 et 22 avril 2012 pour les premiers tours). J'aurais tout
aussi pu y inclure le Sénégal (trop proche, dans 3 jours et dans une ambiance
de surchauffe) et les Etats Unis (trop loin, dans 9 mois).
Si
j'étais français et vivant en ces temps en France, je me passionnerais sans doute
pour le débat démocratique qui s'y tient actuellement. Je m'intéresserais à la
personnalité des candidats, d'autant que quelques uns d'entre eux (François
Hollande, Jean-Luc Mélenchon ou Dominique de Villepin) le sont pour la première
fois. Je me pencherais sur leurs programmes – existants, accessibles – et les
propositions qui les différencient et montrent la grande richesse de l'offre
politique française : de l'extrême gauche à l'extrême droite, en passant par la
gauche, les centres et la Droite. Je lirais les journaux de toutes tendances
qui analysent et décortiquent les propositions des candidats. Je suivrais les
pronostics des instituts de sondages qui, semaine après semaine, tentent de
refléter l'état de l'opinion et le positionnement des électeurs face aux
candidats. Je suivrais les nombreuses émissions de télévision et de radio où
journalistes, politologues, historiens et autres spécialistes rivalisent
d'analyses sur les candidats et sur leurs programmes. Je serais sans doute très
critique et exigent sur la pertinence des uns, le charisme des autres, les
bonnes ou mauvaises idées de chacun, la langue de bois de tous, la mauvaise foi
de certains autres, etc. Mais je serais ravi en tant que citoyen et je ferais
mon choix dans l'urne en bonne connaissance de cause et malgré les
imperfections du système.
Je
serais alors en plein débat démocratique.
Mais
je suis malien. Si j'étais au Mali en cette même période, j'essayerais de me passionner
aussi pour la campagne électorale. Je chercherais – en vain – les propositions
et les programmes qui différencient les candidats. Je m'étonnerais du nombre
pléthorique des partis politiques. Je me poserais des questions sur le sens et
la pertinence de certaines candidatures. Je chercherais les raisons objectives
– en dehors de l'ethnie, de la région, du clan ou de l'intérêt personnel – qui
sous tendent l'adhésion et le soutien à certains candidats. Je saturerais de
tous ces tee-shirts et autres pagnes à l'effigie des candidats. Je guetterais
les débats contradictoires de qualité et les propositions des candidats. Je
chercherais des analyses politiques pertinentes dans les journaux, à la radio
ou à la télévision qui porteraient sur
le message des candidats. Je me plaindrais de ces nombreux commentaires
inutiles qui portent davantage sur le candidat (son origine, ses diplômes, sa
tenue vestimentaire) que sur leur vision pour le Mali. Je me
révolterais de ces plateaux de télévision où, sous le prétexte de l'égalité de
traitement des candidats, les "journalistes" posent exactement et
dans le même ordre les mêmes questions à tous, sans réaction quelle que soit
leur réponse. J'entendrais parler de fraude, de risque de report, de partialité
des la CENI ou de la Cour constitutionnelle ou encore de refus des résultats
sortis des urnes. Je serais frustré, je m'énerverais, me révolterais et pour
finir n'irais peut-être pas voter, faute de trouver les raisons objectives pour mon choix.
Je
mettrais alors la démocratie en débat.
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