Nombre total de pages vues

jeudi 23 février 2012

Débat démocratique et démocratie en débat

En ces temps d'élections présidentielles,  la tentation est grande de succomber aux comparaisons et de réfléchir un instant sur le sens du débat en démocratie. Je voudrais comparer à cette fin les cas du Mali et de la France. Ils ont en commun de se tenir dans le même délai (respectivement les 29 et 22 avril 2012 pour les premiers tours). J'aurais tout aussi pu y inclure le Sénégal (trop proche, dans 3 jours et dans une ambiance de surchauffe) et les Etats Unis (trop loin, dans 9 mois).

Si j'étais français et vivant en ces temps en France, je me passionnerais sans doute pour le débat démocratique qui s'y tient actuellement. Je m'intéresserais à la personnalité des candidats, d'autant que quelques uns d'entre eux (François Hollande, Jean-Luc Mélenchon ou Dominique de Villepin) le sont pour la première fois. Je me pencherais sur leurs programmes – existants, accessibles – et les propositions qui les différencient et montrent la grande richesse de l'offre politique française : de l'extrême gauche à l'extrême droite, en passant par la gauche, les centres et la Droite. Je lirais les journaux de toutes tendances qui analysent et décortiquent les propositions des candidats. Je suivrais les pronostics des instituts de sondages qui, semaine après semaine, tentent de refléter l'état de l'opinion et le positionnement des électeurs face aux candidats. Je suivrais les nombreuses émissions de télévision et de radio où journalistes, politologues, historiens et autres spécialistes rivalisent d'analyses sur les candidats et sur leurs programmes. Je serais sans doute très critique et exigent sur la pertinence des uns, le charisme des autres, les bonnes ou mauvaises idées de chacun, la langue de bois de tous, la mauvaise foi de certains autres, etc. Mais je serais ravi en tant que citoyen et je ferais mon choix dans l'urne en bonne connaissance de cause et malgré les imperfections du système.
Je serais alors en plein débat démocratique.

Mais je suis malien. Si j'étais au Mali en cette même période, j'essayerais de me passionner aussi pour la campagne électorale. Je chercherais – en vain – les propositions et les programmes qui différencient les candidats. Je m'étonnerais du nombre pléthorique des partis politiques. Je me poserais des questions sur le sens et la pertinence de certaines candidatures. Je chercherais les raisons objectives – en dehors de l'ethnie, de la région, du clan ou de l'intérêt personnel – qui sous tendent l'adhésion et le soutien à certains candidats. Je saturerais de tous ces tee-shirts et autres pagnes à l'effigie des candidats. Je guetterais les débats contradictoires de qualité et les propositions des candidats. Je chercherais des analyses politiques pertinentes dans les journaux, à la radio ou à la télévision qui  porteraient sur le message des candidats. Je me plaindrais de ces nombreux commentaires inutiles qui portent davantage sur le candidat (son origine, ses diplômes, sa tenue vestimentaire) que sur leur vision pour le Mali. Je me révolterais de ces plateaux de télévision où, sous le prétexte de l'égalité de traitement des candidats, les "journalistes" posent exactement et dans le même ordre les mêmes questions à tous, sans réaction quelle que soit leur réponse. J'entendrais parler de fraude, de risque de report, de partialité des la CENI ou de la Cour constitutionnelle ou encore de refus des résultats sortis des urnes. Je serais frustré, je m'énerverais, me révolterais et pour finir n'irais peut-être pas voter, faute de trouver les raisons objectives pour mon choix.
Je mettrais alors la démocratie en débat.

Aucun commentaire: