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jeudi 9 février 2012

Le développement ? Simple question de volonté collective !

Ce titre ressemble fort à un cliché. Je le concède volontiers, mais laissez-moi d'abord présenter quelques arguments.

La faute aux autres
En Afrique, nous avons toujours expliqué tous nos malheurs – et en tout cas le retard pris dans notre développement – par la faute des autres. L'esclavage d'abord, qui a privé notre continent de ses bras valides et qui aura été le plus grand crime que l'humanité ait connu. La colonisation ensuite, qui a déstructuré nos Grands Empires prospères, fragmenté nos territoires en plusieurs petits états aux frontières absurdes, désarticulé nos systèmes de valeurs et désorganisé notre mode de vie et de pensée. Le néocolonialisme enfin, porté par les mêmes anciens colonisateurs, qui ne voudraient pas nous voir sortir de la pauvreté et nous enfoncent dans la misère en pillant nos ressources naturelles et nos meilleurs cerveaux.

Nous avons ensuite pointé du doigt les méchantes institutions de Bretton Woods – le FMI et la Banque Mondiale – qui nous ont imposé les plans d'ajustement structurel, l'amaigrissement de nos fonctions publiques et les privatisations sauvages de nos sociétés d'Etat. De même, toutes les organisations de coopération au développement bi et multilatérales n'apportent de l'aide publique au développement que pour servir leurs propres intérêts et, au mieux, pour se donner bonne conscience, sans aucun désir réel de nous voir émerger. Il n'y a qu'à lire et écouter Aminata Dramane TRAORE, chantre de cette vision des choses, pour s'en convaincre.


Cette explication du sous développement ne tient pourtant pas la route longtemps car les contre-exemples sont nombreux et tenaces : la majorité des pays africains ont peu ou pas souffert de l'esclavage (elle a essentiellement concerné les pays côtiers ou proches de la côte atlantique). D'autres n'ont pas ou peu subi de colonisation (l'Ethiopie n'a été colonisée par les italiens que de 1936 à 1940, le Libéria n'a jamais été colonisé, les américains ont tenté d'y "réimplanter" des afro-américains, le Maroc était sous protectorat français, etc.). Ils  sont pourtant assis à la même table du sous-développement.
Si l'on regarde le classement du PNUD pour l'Indice de Développement Humain en 2011, les quatre derniers pays au monde – RDC (187ème), Niger (186ème), Burundi (185ème), Mozambique (184ème) – ont été bien moins concernés par l'esclavage que l'Angola (148ème), la Gambie (168ème), le Bénin (167ème) ou la Sierra Leone (180ème), pays côtiers qui ont pourtant fourni la majorité des esclaves. De même on ne pas dire que l'Ethiopie ou l'Angola soient des modèles de développement.
Ces évènements historiques, dont on ne peut pas ignorer les conséquences sur l'Afrique, ont pris fin il y a respectivement plus de 200 et 50 ans, soit très largement plus que le temps qu'il aura fallu à plusieurs pays pour émerger en Asie, par exemple.

La responsabilité des autres
En désespoir de responsables externes, c'est la faute du Gouvernement dont on attend sans doute trop, notamment en matière d'emploi. Ou encore la faute de la famille, des proches et de toutes les connaissances qui pourraient mais qui ne font rien pour aider.

Pendant ce temps les jeunes, au Mali par exemple, sont sous le manguier du quartier (au grain) à boire le thé, en attendant un miracle qui ne se produira pas. Dans mon pays, il existe une Association Malienne des Jeunes Diplômés sans Emplois (sic) ! L'idée même d'une telle association est incompréhensible. Elle signifierait que ces jeunes malheureux s'installent psychologiquement dans la durée, sans perspective autre que d'attendre que le Gouvernement ou que Monsieur MIRACLE leur vienne en aide. Cet attentisme de la part du peuple, notamment sa frange la plus jeune, explique sans doute une bonne partie du problème.

L'explication est dans l'inaction collective
Les pays développés sont ceux qui travaillent et qui respectent la "chose publique" Les pays qui se développent sous nos yeux – dits émergents ou à revenu intermédiaires – sont ceux dont le peuple, je dis bien le peuple, s'est mis au travail et a décidé, comme un seul homme d'inverser la spirale du sous-développement et de la pauvreté. Pour être précis, je ne parle pas de pays dont un gouvernement aura pris de bonnes décisions et mis en œuvre de bonnes mesures. Je parle bien de pays où les populations elles-mêmes se sont levées. Allez faire un tour en Asie pour ce que c'est que de travailler.
Pendant que nous élaborons des "Cadres Stratégique de Lutte contre la Pauvreté", eux appliquent des stratégies de lutte pour la richesse. Quand nous fanfaronnons la lutte conte la corruption, les ressources de nos pays sont détournées en toute impunité, alors qu'il est bien plus facile de détecter, de punir et d'éviter un détournement de fonds publics que de prouver et de combattre la corruption.

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