"Lutter contre la corruption" est devenue
un mot d'ordre pour tous les chefs d'Etat africains depuis quelques années. On
y décèle trois raisons implicites. D'abord, cette affirmation incantatoire vise
à prouver à l'opinion publique nationale et internationale qu'on est bien en
démocratie et qu'on essaye de moraliser les pratiques irrégulières dans son
pays. Ensuite, elle vise à rassurer les bailleurs de fonds sur la bonne
utilisation des ressources qu'ils mettent à la disposition du pays dans le
cadre de l'aide publique au développement. Enfin, elle cherche à démontrer qu'on
est préoccupé par le bon usage des deniers publics et par la lutte contre
l'impunité (y compris dans son propre camp politique).
Bien que chacune de ces
raisons soient louables en soi, force est de reconnaître que la réalité du
terrain impose le doute. Le premier constat évident est que, bien souvent, une
confusion coupable est faite entre la corruption
et le détournement de fonds publics.
Autant le premier phénomène est difficile à combattre, car souvent impossible à
prouver, autant la lutte contre le second est facile. Il suffit pour cela de
renforcer le contrôle financier interne des services, de systématiser les
audits comptables, d'en tirer les conclusions et, surtout, de punir sévèrement
les coupables de détournements.
Le second constat est que
cette "lutte" ne dépasse que très rarement le stade des bonnes
intentions affichées. Pour preuve, les cas avérés de détournements et/ou de
corruption sont rarement suivis des mesures coercitives pourtant prévues par la
Loi. Il suffit de regarder l'exemple édifiant des pratiques soulevées par les
rapports du Vérificateur Général du Mali et le peu d'empressement à prendre les
dispositions qui s'imposent.
Pourtant, ce sont de bien
mauvais signaux qui sont ainsi donnés. Il y'en a trois, essentiellement : le
premier est le sentiment d'impunité dans lequel baignent les personnes
responsables des pratiques frauduleuses. Le second est une banalisation à la
fois de la corruption et du détournement de fonds publics qu'un pays pauvre ne
peut pas se permettre parce que précisément ces pratiquent aggravent la
pauvreté et l'injustice. Le troisième est l'exemple détestable qui est ainsi
donné à notre jeunesse – déjà au chômage et désœuvrée – qui cède ainsi
volontiers à la logique de l'argent facile au détriment de la rigueur et de la
probité dans le travail. Dans nos quartiers, ce sont les profiteurs de ce
système (avec leurs belles voitures et leurs villas) qui sont montrés en
exemple à nos enfants et non ceux qui travaillent et gagnent honnêtement leur
vie.
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