L'évolution récente de la situation politique au
Mali a révélé l'extrême fragilité des principes de base de ses modes de
gouvernance. Un pays doit avoir foi dans ce qu'il est, ce qu'il a et ce qu'il
fait. Et non pas se prévaloir de l'image que les autres ont de lui ou qu'il
voudrait bien donner de lui-même, de manière péremptoire.
Le Mali s'est toujours
satisfait de cette idée – confortable et paresseuse – que sa démocratie était
un modèle du genre en Afrique, par sa solidité et son ancrage dans le pays. Nous
avons bombé la poitrine sur cette conviction – en donneurs de leçon – au lieu
de faire le nécessaire travail sur nous-mêmes pour consolider les acquis de
notre démocratie en construction. Nous nous sommes convaincus, dans une
coupable méthode Coué, que la Nation malienne était une et indivisible, forte
de son histoire, de sa culture et de ses rapports interethniques faits de paix
et de concorde (le cousinage à plaisanterie – Sinangouya – en faisant foi).
Nous avons fanfaronné que notre armée nationale était l'une des plus solides de
l'Afrique de l'ouest !
Résultats : il a suffit de
la colère de quelques militaires en aventure pour aboutir à un coup d'état
militaire qu'on croyait "impensable" au Mali, nous écroulant 20 ans
en arrière. Il a suffit de quelques rebelles armés pour mettre notre
"vaillante armée" en déroute dans les deux tiers de notre territoire
national. Il a suffit de la conjonction de ces deux malheureuses circonstances
pour créer les prémices de rancœurs entre ethnies.
La démocratie ne se décrète
pas, elle se construit. Une armée ne se prévaut pas de sa force, elle la
consolide. La qualité des relations entre concitoyens n'est pas spontanée, elle
se bâtit.
"A quelque chose
malheur est bon". Aussi, le seul avantage que le Mali tirera t'il de cette
double crise (coup d'état et rébellion) est qu'elle est désormais face à ses
propres réalités. Désormais on ne pourra plus – on en a plus le droit – de nous
mentir à nous-mêmes, ni aux autres. Nous avons l'occasion historique
d'interroger et de rebâtir les fondements politiques, historiques, économiques,
sociales, sociologiques et géostratégiques de notre destin commun.
L'espoir est désormais
permis de croire que nous allons – enfin – travailler pour l'avènement d'un
Mali nouveau, celui-là même que nous avons feint d'avoir : uni, démocratique et
prospère. Non pas pour le montrer en exemple au reste du monde, mais pour
apporter à nos enfants la preuve formelle d'une réalité nouvelle dans laquelle
ils auront la fierté de vivre. Nous avons là une chance historique que nous ne
pouvons pas nous permettre de rater.
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