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lundi 9 avril 2012

Saisir une chance historique

L'évolution récente de la situation politique au Mali a révélé l'extrême fragilité des principes de base de ses modes de gouvernance. Un pays doit avoir foi dans ce qu'il est, ce qu'il a et ce qu'il fait. Et non pas se prévaloir de l'image que les autres ont de lui ou qu'il voudrait bien donner de lui-même, de manière péremptoire.
Le Mali s'est toujours satisfait de cette idée – confortable et paresseuse – que sa démocratie était un modèle du genre en Afrique, par sa solidité et son ancrage dans le pays. Nous avons bombé la poitrine sur cette conviction – en donneurs de leçon – au lieu de faire le nécessaire travail sur nous-mêmes pour consolider les acquis de notre démocratie en construction. Nous nous sommes convaincus, dans une coupable méthode Coué, que la Nation malienne était une et indivisible, forte de son histoire, de sa culture et de ses rapports interethniques faits de paix et de concorde (le cousinage à plaisanterie – Sinangouya – en faisant foi). Nous avons fanfaronné que notre armée nationale était l'une des plus solides de l'Afrique de l'ouest !
Résultats : il a suffit de la colère de quelques militaires en aventure pour aboutir à un coup d'état militaire qu'on croyait "impensable" au Mali, nous écroulant 20 ans en arrière. Il a suffit de quelques rebelles armés pour mettre notre "vaillante armée" en déroute dans les deux tiers de notre territoire national. Il a suffit de la conjonction de ces deux malheureuses circonstances pour créer les prémices de rancœurs entre ethnies.
La démocratie ne se décrète pas, elle se construit. Une armée ne se prévaut pas de sa force, elle la consolide. La qualité des relations entre concitoyens n'est pas spontanée, elle se bâtit.
"A quelque chose malheur est bon". Aussi, le seul avantage que le Mali tirera t'il de cette double crise (coup d'état et rébellion) est qu'elle est désormais face à ses propres réalités. Désormais on ne pourra plus – on en a plus le droit – de nous mentir à nous-mêmes, ni aux autres. Nous avons l'occasion historique d'interroger et de rebâtir les fondements politiques, historiques, économiques, sociales, sociologiques et géostratégiques de notre destin commun.
L'espoir est désormais permis de croire que nous allons – enfin – travailler pour l'avènement d'un Mali nouveau, celui-là même que nous avons feint d'avoir : uni, démocratique et prospère. Non pas pour le montrer en exemple au reste du monde, mais pour apporter à nos enfants la preuve formelle d'une réalité nouvelle dans laquelle ils auront la fierté de vivre. Nous avons là une chance historique que nous ne pouvons pas nous permettre de rater.

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