C’est l’histoire d’une jeune
princesse dont le monde entier raconte et loue la beauté légendaire. A quelques
semaines du choix de son nouveau mari et futur roi parmi plusieurs prétendants,
voilà qu’un fou sorti d’une colline non loin de son palais, arrache violement
et contre toute attente, le voile qui cachait son visage. C’est alors le monde
découvre la laideur de ses traits. Les langues se délièrent et on réalisa la
fragilité de son royaume.
Au début
d’une crise sans précédent que traversa le royaume, les commentateurs ont été
unanimes à clamer qu’il s’en sortirait très vite, que ce serait un petit moment
d’égarement, sans plus. En raison, disaient-ils, de la grandeur de son peuple, de son Histoire et de
la fierté de ses habitants. Déçus, ils se mirent à s’interroger sur cette
prétendue grandeur. Où sont passés les restes des grands empires et des royaumes
qui l’auraient fondé ? Où sont les restes de ce passé glorieux ? Ils
ne les voient pas dans le comportement des fils et filles du royaume. Ils
cherchèrent, en vain, des preuves matérielles : pas de palais, pas de
tradition de cour royale, pas de familles royales, pas mêmes de résultats
symboliques probants des vestiges de ce glorieux passé, rien ! Le doute gagna
tout le royaume et même les contrées voisines.
Au bout de
quelques temps, lorsque l’inquiétude commença à se faire plus prenante, la
rhétorique habituelle du royaume a, comme toujours, reprit le dessus : non
il n’y aura pas de guerre civile, pas de violence ethnique, pas de menace sur
l’intégrité du territoire du royaume. Car « notre royaume est un peuple de
paix, de concorde, de cousinage à plaisanterie, un et indivisible » répètent-ils
en cœur.
Cette
fragile conviction est demeurée au rang d’incantations : les choses seront
ce qu’on voudraient qu’elles soient, sans jamais rien faire pour qu’il en soit
ainsi. Un exemple vint à l’esprit d’un observateur : il se souvint qu’un
royaume voisin, du temps d’un illustre roi, était exactement dans cette autosatisfaction.
Après sa mort, son royaume a sombré dans un chaos de dix ans. La réalité aura
démontré que son accueillant royaume de paix ne l’était que dans la tête du
seul roi et n’était assuré que par sa seule présence.
Un autre
observateur s’est laissé gagner par le doute sur la fragilité du mode de
gouvernance du royaume, une démocratie pourtant citée en exemple et qui s’est
avérée, elle aussi, une prétentieuse autosatisfaction.
Plus la
crise s’enlisait et plus les observateurs interrogent sa devise du royaume. Ils
se demandent : « Sommes-nous vraiment un Peuple ? » « Avons-nous
un But ? Lequel ? » « Avons-nous toujours Foi ? En
quoi ? ».
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