A l’heure où le gouvernement malien et la CEDEAO
accordent leurs violons avant la mise en exécution d’une solution robuste pour
la reprise du nord Mali et la libération de la menace terroriste dans la sous-région,
là où la diplomatie disparate a échoué, une autre initiative moins médiatisée
prend forme dans la zone du Sahel. Il s’agit
d’une stratégie d’assistance aux pays du Sahel qui vise à adresser les
questions récurrentes de la crise alimentaire et des trafics en tous genres qui
gangrènent la zone et impactent négativement sur le développement socio-économique
des pays du Sahel.
Un problème pouvant en
cacher un autre, la crise malienne a ravi la vedette à un problème régional
profond, exacerbé par la crise libyenne dont l’une des conséquences majeures a
été la prolifération d’armes légères, mais également de l’artillerie lourde
dans la sous-région et particulièrement entre les mains des groupes touaregs,
ex-mercenaires du régime du guide libyen.
Le rapprochement des Touaregs et des groupes salafistes avait déjà été
signalé par l’usage des camps d’entrainement des groupes touaregs et
l’infiltration des islamistes dans les communautés locales au nord du Mali. Cette collaboration a culminé avec la prise
de plusieurs villes du nord du pays au nom de l’idéal d’un Azawad fédérateur
des Touaregs et indépendant du sud, profitant du coup d’état contre le président
sortant Amadou Toumani Touré, en mars dernier.
Aujourd’hui, le défi à
relever par les pays du Sahel et la communauté internationale qui se dit prête
à l’aider, est de trouver des solutions structurelles aux problèmes des communautés
affectées par la crise alimentaire aigüe et les désagréments des trafics illégaux,
tout en attaquant la question pressante de l’envahissement du nord Mali et le démantèlement
des groupes terroristes, qui est un test que les défenseurs de la paix et de la
laïcité ne peuvent rater.
C’est ce que semble avoir
compris les Nations Unies qui avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur les dérives
potentielles qui guettaient le Mali au lendemain de la chute de Kadhafi. Ainsi,
le Secrétaire Général Ban Ki Moon aurait opté pour la mise en place d’un envoyé
spécial pour le Sahel qui sillonnerait les pays dits du champ et veillerait à
la bonne exécution de la stratégie qui apporte des solutions sur le partage
d’informations et de ressources financières et logistiques au service des communautés
menacées. Cette flexibilité d’un envoyé spécial transcende les clivages des
institutions régionales qui abritent les pays sahéliens. En effet, si le Mali et le Niger
appartiennent à la CEDEAO, la Mauritanie et l’Algérie sont membres de l’Union
du Maghreb Arabe (UMA) pendant que le Tchad est partie prenante de la Communauté
des Etats de l’Afrique Centrale.
Mais, s’il est avéré que la stratégie
du Sahel est bienvenue, il n’y aura pas de relèvement économique sans sécurité,
d’ou la nécessite de bien coordonner les actions de la stratégie avec le plan
d’action militaire de reconquête du nord et d’éradication des groupes
terroristes de la région sponsorisés par la CEDEAO, l’Union Africaine et
l’ONU.
Un nom circule déjà comme
potentiel envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies au Sahel. C’est
celui de Jean Ping, ancien Président
de la Commission de l’Union Africaine. Si cela devait se matérialiser, la communauté
internationale aurait fait une terrible erreur de casting à un moment où la fausse
note n’est pas permise. Monsieur Ping
s’est distingué durant son passage a l’UA par une inertie et un manque de
leadership qui ont pesé négativement sur la résolution des crises dans le continent. Sa
gestion de la crise ivoirienne, au delà des contradictions internes de l’UA, a été
faite de tâtonnements qui ont permis au régime Gbagbo de jouer les
prolongations. De plus, la mauvaise
gestion de la crise togolaise, après la mort de Eyadema ou encore celle de la Guinée
après la disparition de Lansana Conté, a été caractérisée par une guéguerre
contre-productive avec la CEDEAO, qui a eu des conséquences terribles sur les
populations. On pourrait rajouter à ce
profil peut reluisant, que Jean Ping a perdu sa dernière bagarre pour s’éterniser
à la tête de la Commission devant la Sud Africaine Dlamani Zuma. Il y a
toutefois une dimension humanitaire et de développement à la stratégie du Sahel
qui exige un profil idéal de quelqu’un qui a gérer ces questions au niveau
national et de surcroit quelqu’un qui pourra interagir avec les présidents des
pays du Sahel.
Si Jean Ping n’a pas le
profil du job, il faudrait chercher plutôt du côté d’un ancien Président de la République
qui ne se serait pas compromis, et surtout qui ne serait pas ressortissant de
la région. Quelqu’un dont le carnet diplomatique regorge de succès et dont la réputation
fait l’unanimité. Il n’y en a pas
beaucoup, mais Joachim Chissano répondrait bien à cette description.
A défaut de choisir à la
place du Secrétaire Général, les ressortissants des pays impliqués doivent
exiger que l’envoyé spécial qui sera désigné pour le Sahel, donne le maximum de
chance à sa mission de réussir.
Faites circuler cet article
et faites vos propositions au Secrétaire Général des Nations Unies.
Aly Kalé
Basse
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