L’intervention salutaire française au Mali n’a
pas échappé aux critiques des grincheux. Leur crédo en quelques mots :
néocolonialisme, Franceafrique,
pillage/mainmise sur les ressources naturelles, etc. Petite explication :
j’appelle grincheux ces bien-pensants qui nous montrent toujours qu’ils ont
davantage compris les vrais enjeux que tout le monde et qui la ramènent à
chaque occasion.
La France légitime son intervention par sa
légalité internationale dans la mesure où elle s’inscrit dans le cadre d’un
mandat des Nations Unies et l’explique par sa volonté de : 1) répondre à
la demande d’aide d’un pays ami menacé, 2) lutter contre le terrorisme, 3)
restaurer la démocratie et la laïcité. Les grincheux répondent en cœur qu’il
s’agit ni plus ni moins que le retour au néocolonialisme et la rhétorique
reprend…
La France agirait en fait au nom de la
préservation de ses intérêts actuels (protection de l’uranium nigérien, par
exemple) et futurs (s’assurer une bonne place pour l’exploitation du potentiel
pétrolier et gazier du nord du Mali). Et Alors !
Personnellement, mon postulat est simple : un
individu pris isolément peut être généreux, gentil, altruiste, compatissant, etc.
Un état, non. Il n'agit qu'en fonction de ses intérêts supérieurs, lesquels
sont souvent habillés – pour être comestibles et acceptables – des grands
principes de Liberté, de Démocratie, de Laïcité, et plus récemment Lutte contre
le terrorisme.
Ce qui serait coupable c'est de se limiter
béatement à la logique des grincheux et de ne pas regarder plus avant, avec
clairvoyance et stratégie, les agendas plus ou moins cachés, les vrais enjeux
pour nous.
Arrêtons donc de nous lamenter et engageons nous pleinement
dans la diplomatie réaliste, celle de la préservation ou de la préparation de notre
propre intérêt supérieur. En l’occurrence, nous appelons/acceptons
l'intervention de la France, tout en travaillant à trouver là où nos intérêts
respectifs peuvent converger. C'est la diplomatie réaliste du win-win.
Arrêtons de nous raconter de belles histoires teintées
d’orgueil mal placé et utilisons la France et la « Communauté
internationale » pour servir nos intérêts, en acceptant qu'au passage, ils
servent les leurs. On passerait alors de la naïveté au réalisme voire à
l'opportunisme : accepter – voire utiliser – la satisfaction des intérêts des autres pour
servir les nôtres.
Quand on sait que bien souvent nous n’avons pas
les moyens, ni techniques ni financiers d’exploiter au mieux nos richesses
naturelles, il y’a matière – pour les grincheux – à réfléchir ou alors à s’abstenir
de donner des leçons.
Un ami à qui j’en parlais écrivait à juste titre
ceci : « il y’a une sorte de chimère
qui conduit à croire que les ressources potentielles ou exploitées
appartiennent en propre uniquement au propriétaire du sol. Or, cela est très
rarement le cas. Le vrai défi est double : en avoir la maitrise (au minimum des
grands choix) et qu'il y ait des retombées concrètes pour le pays. Dans
cet enjeu, seuls les grands peuvent planquer au chaud leur gros gâteau. Ceux-là
même qui piquent ceux des autres.
Les pays
de la Mer du Nord ou d'Asie on su en garder la maitrise, la stratégie et
l'utiliser comme stimulant de l'économie plutôt que de rente. La Norvège,
surtout et la Malaisie, à sa façon. Les pays arabes du Golf ont l'usufruit
d'une partie de leur pétrole, mais une maitrise toute relative, tant cette
ressource est essentielle pour le fonctionnement des puissants et du monde. Il
y’a une concession à faire. Certains s'accrochent farouchement à la maitrise de
leurs richesses et finissent à la Saddam Hussein ou appauvrissent leurs
populations (à l'Iranienne, toutes proportions gardées). D'autres, en situation
intermédiaire, ont pu un temps émerger avant de compromettre l'avenir pour de
multiples raisons (l'Algérie, par exemple, où l'inflation est inexistante mais
l'accès au travail compliqué).
L'indignité,
c'est la Guinée Conakry et Equatoriale, le Gabon ou les Congo (comme par
hasard, en Afrique Subsaharienne). Pas de maitrise des ressources, pas de
retombées pour les populations, et en prime le malheur de l'instabilité et des
guerres pour le bénéfice des puissances étrangères et des potentats locaux.
Le défi
pour nous, c'est de savoir dans les possibles, ce que nous voulons être et à
quel groupe nous voulons ressembler : concéder, nous n'avons pas le choix.
Retombées positives dont nos peuples ont tant besoin,
nécessairement. Rater la sortie de la pauvreté avec du pétrole et du gaz
est criminel ».
Cela doit être théorisé et enseigné aux classes
politiques africaines, voire aux opinons publiques.
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