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vendredi 8 février 2013

Hollande/Sarkozy : rupture et convergence


La politique africaine de François Hollande est une rupture par rapport à celle de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. En témoignent la teneur, le ton et le contexte de leurs discours respectifs à Dakar, en 2007 et 2012. A la condescendance du donneur de leçons Sarkozy – « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire » – s’est  substituée une conception en apparence plus respectueuse de Hollande : « le temps de ce qu'on appelait autrefois la Françafrique est révolu. Il y a la France et il y a l'Afrique. Il y a le partenariat entre la France et l'Afrique, avec des relations fondées sur le respect, sur la clarté et sur la solidarité ».
Pourtant l’évolution récente de l’intervention militaire française au Mali, que nous avons appelée de vos vœux et saluée sur ce blog, fait apparaître depuis quelques jours, des signes de convergence, et de continuité dans une certaine mesure. La preuve en est l’attitude vis-à-vis du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) dans la stratégie de reconquête du nord-Mali, comme dans le traitement politique de la crise malienne.
La présence des narco-jihado-terroristes dans le Sahel est antérieure à la crise libyenne et leur éradication était déjà à l’agenda du gouvernement et des stratèges militaires français. Après s’être débarrassé du Guide libyen, Sarkozy (et les services de renseignements français) ont réarmé et soutenu le retour des Touaregs, anciens combattants en Libye, vers le septentrion malien. Il s’est pour cela assuré de la bienveillance du laisser-passer de notre voisin algérien car, jusqu’à preuve du contraire, le Mali n’a pas de frontière avec la Libye. L’idée étant de disposer d’un allié lourdement armé, connaissant le désert et pouvant prétendre parler au nom des populations locales pour combattre les narco-jihado-terroristes.
C’est ainsi qu’est apparu, comme par magie, le MNLA dont les porte-parole instrumentalisés sont accueillis et logés à Paris et la propagande relayée par plusieurs médias français (France 24 et RFI en tête, comme par hasard tous deux publics). Quelques élus se chargeant de soutenir cette propagande avec ses velléités indépendantistes sur le nord-Mali, en leur ouvrant les portes du Parlement européen et les salles d’attente feutrées de certaines chancelleries occidentales. En échange, le MNLA aiderait la France à combattre les terroristes et lui assurerait une place de choix dans la future exploitation-partage des immenses richesses (gaz, pétrole, uranium) que recèleraient les territoires qu’il voudrait contrôler. En cas d’indépendance de l’Azawad, ce serait même des accords d’état à état.
Politique-fiction ? Peut-être bien, car je ne suis pas en mesure d’apporter une preuve formelle de ce que j’écris et qui, j’en conviens, n’est pas une approche nouvelle (bien d’autres observateurs l’ont dit et écrit, d’une façon ou d’une autre, avant moi).
Revenons à la convergence : la position française actuelle et son attitude vis-à-vis du MNLA dans la reprise de Kidal (voir mon article précédent) confirme bien, pour ceux qui en doutaient encore, cette convergence et cette continuité, au moins sur cette question.
Le Mali a pourtant offert à François Hollande « le jour le plus important de sa carrière politique ». Il devrait méditer qu’au delà de l’intervention qu’il a courageusement décidée, la sympathie des maliens lui vient aussi de cette promesse de rupture qu’il a montrée depuis son élection. S’il persiste dans la voie tracée par son prédécesseur, le choix du MNLA s’avérera une lourde faute politique, un boomerang qui anéantira, au moins aux yeux des maliens (et des africains), tout le capital de sympathie dont il est l’objet aujourd’hui. Sa courbe de popularité dans les sondages à Paris, dont personne ne s’imaginait qu’elle pouvait être impactée depuis Bamako, reprendrait alors sa vertigineuse descente…
A cet égard, on peut néanmoins admettre, comme m’écrivait un ami, que « la France doit tirer profit sur le plan intérieur de l’action au Mali et ne peut pas se permettre de sacrifier ses otages » à travers une expédition militaire mal maîtrisée. Il paraît dès lors clair que les français ont certainement négocié et comptent sur le MNLA pour leur libération. Ceci aussi pourrait expliquer cela. A suivre, donc...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonne analyse, Hammou. C'est vrai que la position Francaise vis-a-vis du MNLA dans "l'exception Kidal" est la seule tache d'ombre au tableau de l'Operation Serval.
Ombre qui peut alimenter toutes les supputations...

Il faut toutefois reconnaitre qu'un autre pays a une attitude ambigue vis-a-vis du MNLA et ce pays c'est le... Mali !!

En effet, depuis le debut de cette crise en Janvier 2012, la Mali n'arrive pas a caracteriser correctement cette mouvance et a formuler une claire doctrine a son egard.

Dans les medias puclics Maliens (ORTM notamment), les aggresseurs sont tantot designes comme des "rebelles", des "bandits armes" ou des "freres egares du Nord", voire des "apatrides". Le caractere terroriste de certaines de leurs actions n'est nullement souligne. On imagine mal pareils euphemismes dans les medias Occidentaux a l'egard du FLNC, de l'ETA, de l'IRA et de tant d'autres qui prennent les armes pour se faire entendre.

Quant a la communication et la coherence de l'action gouvernemtale a l'egard du MNLA, la aussi beaucoup de choses sont a deplorer : au lieu d'expliquer au monde entier que le MNLA n'est pas representatif des Touaregs et encore moins des populations du Nord, le gouvernment l'adoube comme "interlocuteur legitime" avec Ansar Eddine (a la difference d'AQMI/MUJAO/Boko Haram) a la seule raison qu'ils seraient Maliens !

Idem pour le caractere "legitime" des revendications du MNLA. Le Mali peine a expliquer que l'eventuelle "legitimite" d'une revendication ne donne nullement le droit d'entreprendre une action violente et que si "solution politique" il doit y avoir, cette solution doit etre negociee avec l'ENSEMBLE des populations du Nord sous la forme d'un referendum par exemple et non avec un quelconque groupe violent.

L'etat Malien (a l'image de ses militaires) semble avoir deserte la bataille mediatique et laisse passivement le MNLA debiter son evangile de propagande sans etre contredit.

Dans ces conditions, il est difficile d'en vouloir a la France (ou a tout autre nation) de frayer avec des interlocuteurs que nous-meme contribuons a rendre frequentables.

Steph

Almoustapha CISSE a dit…

Merci Hammou pour ces développements si interessants, malgré ton programme chargé. C'est certainement le patriotisme qui te donne le temps et l'inspiration.Comme bcp de maliens, nous avons peine à comprendre la situation de Kidal, même si le chargé d'information et de relations publiques de l'armée malienne s'évertue à battre en brèche les idées de mise à l'écart des militaires maliens à Kidal.Si l'on ajoute les anlyses de certains spécialistes sur France 24 ou TV5 monde,on peut être tenté d'esperer que de moins en moins de personnessont encore dupes quant aux objectifs, forces/possibilités du MNLA qui, à l'évidence, est difiicilement dissociable de Ançardine, MIA et autres MUJAO.Si on ne peut vérifier la présence diluée de militaires maliens aux côtés des Français et Tchadiens, on peut se contenter de la régularité de l'affirmation du soutien Français àl'intégrité du territoire malien, position qui jure avec la seule présence du terme AZAWAD dans la dénomination de ces mouvements.
D'autre part,la peur des Français d'être éclaboussés par des dérapages de militaires maliens ayant en souvenir le massacre d'Aguelhok ,le besoin d'engrager d'éventuelles informations sur les lieux de détention des otages, ne peuvent-ils pas expliquer la gestion particulière de la reprise de kidal ?