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jeudi 28 mars 2013

Dindons de notre farce et comédiens de notre théâtre


Au siècle dernier, on écrivait de l’Afrique qu’elle allait mal, qu’elle était mal partie, lorsqu’on on ne se demandait pas tout simplement si elle voulait réellement se développer. L’afro-pessimisme était de rigueur. Beaucoup de « résistants » africains se plaignaient alors que le reste du monde ne voyait de notre continent que ce qui n’y allait pas : les images insoutenables de la famine en Ethiopie, les guerres, les coups d’état, les excès de quelques dictateurs et potentats locaux, les anecdotes autour de la petite corruption, etc.
Nous avons changé de siècle depuis : internet s’est développé, l’économie s’est mondialisée, notre village est devenu planétaire et notre continent s’y est parfaitement intégré. Il suscite même de nouveaux espoirs, voire présenté comme le continent de l’avenir, avec une croissance économique soutenue, une démocratie en progression un peu partout, une voix qui compte de plus en plus dans le concert des Nations, une plus grande maîtrise de ses ressources naturelles. Il n’en fallait pas plus aux résistants du siècle passé pour se frotter les mains, fiers d’avoir eu raison avant les autres.
A y regarder de près – et malgré les progrès indéniables réalisés – force est de constater le triste spectacle que nous offrons au reste du monde. Ce spectacle se déroule en trois actes et sur plusieurs scènes.
Acte 1 : le niveau national.
Scène 1 – le Mali : démocratie exemplaire, pays de paix et d’accueil, le Mali s’est effondré en quelques jours sous le poids écrasant des erreurs de ses propres enfants, au nord comme au sud. La farce, ce sont les images dégradantes de nos aventuriers-putschistes à la télévision nationale, lisant maladroitement leur déclaration de coup d’état, ce sont les hésitations, les fuites et les luttes intestines de notre armée tournant le dos au champ de bataille (et d’honneur), c’est l’appel « au secours ! » (Sic) de la France, c’est l’amateurisme des responsables de notre transition politique. Chacun, à sa façon, nous a ridiculisés à la face du monde.
Scène 2 – la République Centrafricaine : là aussi, le pouvoir s’est effondré en quelques jours, face à la méthode cyclique de conquête du pouvoir dont ce pays s’est fait le spécialiste. La farce, c’est la fuite de Bozizé, ce sont les promesses surprenantes et la naïveté avec lesquelles le nouvel « homme fort » du pays aborde son statut autoproclamé de chef de l’Etat, ce sont les scènes de pillage à Bangui. Il n’est point besoin de rajouter la mégalomanie de Bokassa, ni la puérilité de Patassé pour achever de nous ridiculiser à la face du monde.
Acte 2 : le niveau sous régional et régional.
La CEDEAO, ce malade à un état avancé de « réunionite aigüe », spectateur impuissant des crises malienne, bissau-guinéenne ou ivoirienne, s’enfonce, métastasée dans ses rencontres au sommet. Pendant que ça brule ici, en attendant que le feu se propage là, elle est encore en réunion, nous ridiculisant à la face du monde.
Acte 3 : le niveau continental.
L’Union Africaine, cet autre « machin » – qui ne sert donc à rien – incapable d’avoir une voix audible dans les grandes crises du continent : absente de la Côte-d’Ivoire, du Mali, de RCA, de Guinée, de RDC, et j’en passe. Ses envies de grandeur, ses sommets de chefs d’états à grands frais et ses condamnations, exclusions et autres suspensions de principe, nous ridiculisent à la face du monde.
Cette farce continentale que nous offrons, jour après jour, au reste du monde est de notre seule et unique responsabilité et nous en sommes, par conséquent, les seuls dindons. Et ne me dites surtout pas que c’est la faute à la colonisation, aux institutions de Bretton Woods ou aux méchants occidentaux qui ne voudraient pas de notre bonheur.

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