Au siècle dernier, on écrivait de
l’Afrique qu’elle allait mal, qu’elle était mal partie, lorsqu’on on ne se
demandait pas tout simplement si elle voulait réellement se développer. L’afro-pessimisme
était de rigueur. Beaucoup de « résistants » africains se plaignaient
alors que le reste du monde ne voyait de notre continent que ce qui n’y allait
pas : les images insoutenables de la famine en Ethiopie, les guerres, les
coups d’état, les excès de quelques dictateurs et potentats locaux, les
anecdotes autour de la petite corruption, etc.
Nous avons changé
de siècle depuis : internet s’est développé, l’économie s’est mondialisée,
notre village est devenu planétaire et notre continent s’y est parfaitement
intégré. Il suscite même de nouveaux espoirs, voire présenté comme le continent
de l’avenir, avec une croissance économique soutenue, une démocratie en
progression un peu partout, une voix qui compte de plus en plus dans le concert
des Nations, une plus grande maîtrise de ses ressources naturelles. Il n’en
fallait pas plus aux résistants du siècle passé pour se frotter les mains,
fiers d’avoir eu raison avant les autres.
A y
regarder de près – et malgré les progrès indéniables réalisés – force est de
constater le triste spectacle que nous offrons au reste du monde. Ce spectacle
se déroule en trois actes et sur plusieurs scènes.
Acte 1 : le niveau national.
Scène 1 – le Mali : démocratie exemplaire, pays de paix et
d’accueil, le Mali s’est effondré en quelques jours sous le poids écrasant des
erreurs de ses propres enfants, au nord comme au sud. La farce, ce sont les
images dégradantes de nos aventuriers-putschistes à la télévision nationale,
lisant maladroitement leur déclaration de coup d’état, ce sont les hésitations,
les fuites et les luttes intestines de notre armée tournant le dos au champ de
bataille (et d’honneur), c’est l’appel « au secours ! » (Sic) de
la France, c’est l’amateurisme des responsables de notre transition politique.
Chacun, à sa façon, nous a ridiculisés à la face du monde.
Scène 2 –
la République Centrafricaine : là aussi, le pouvoir s’est effondré en
quelques jours, face à la méthode cyclique de conquête du pouvoir dont ce pays
s’est fait le spécialiste. La farce, c’est la fuite de Bozizé, ce sont les
promesses surprenantes et la naïveté avec lesquelles le nouvel « homme
fort » du pays aborde son statut autoproclamé de chef de l’Etat, ce sont
les scènes de pillage à Bangui. Il n’est point besoin de rajouter la
mégalomanie de Bokassa, ni la puérilité de Patassé pour achever de nous
ridiculiser à la face du monde.
Acte 2 : le niveau sous régional et régional.
La CEDEAO, ce malade à un état
avancé de « réunionite aigüe »,
spectateur impuissant des crises malienne, bissau-guinéenne ou ivoirienne,
s’enfonce, métastasée dans ses rencontres au sommet. Pendant que ça brule ici,
en attendant que le feu se propage là, elle est encore en réunion, nous
ridiculisant à la face du monde.
Acte 3 : le niveau continental.
L’Union Africaine, cet autre
« machin » – qui ne sert donc à rien – incapable d’avoir une voix
audible dans les grandes crises du continent : absente de la Côte-d’Ivoire,
du Mali, de RCA, de Guinée, de RDC, et j’en passe. Ses envies de grandeur, ses
sommets de chefs d’états à grands frais et ses condamnations, exclusions et autres
suspensions de principe, nous ridiculisent à la face du monde.
Cette farce
continentale que nous offrons, jour après jour, au reste du monde est de notre
seule et unique responsabilité et nous en sommes, par conséquent, les seuls
dindons. Et ne me dites surtout pas que c’est la faute à la colonisation, aux
institutions de Bretton Woods ou aux méchants
occidentaux qui ne voudraient pas de notre bonheur.
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