J'ai
vécu l'annonce du coup d'état au Mali comme un coup de tonnerre ! Je suis
effaré par la passivité avec laquelle le peuple malien semble accueillir ce
putsch ! En écoutant les commentaires de plusieurs maliens, ici et là, je tombe
des nues ! La plupart disent que c'était prévisible et mieux qu'ils s'y attendaient
(sic). Si un jour le ciel venait à tomber sur la terre, on aura toujours des
malins pour nous dire qu'ils s'y attendaient ou qu'ils pouvaient le prévoir…!
Parmi les commentateurs, décidemment inspirés, il y a aussi ceux
très nombreux, qui nous disent "les maliens étaient exaspérés" ou
"les maliens étaient fatigués de ce pouvoir", etc. pour tenter de
justifier le coup de force. A quel titre, au nom de quoi et sur quelles bases fiables
peuvent-ils parler au nom des maliens ? Par quels canaux d'informations
peuvent-ils savoir ce que pensent les maliens ? En dehors des conversations anecdotiques
de grins, qui ne représentent que les
personnes autour du thé, aucune source fiable ne permet aujourd'hui de savoir
ce que pensent collectivement les maliens. Si peut-être une : les élections.
Elles sont ouvertes à tous, ceux qui votent comme ceux qui ont
choisi de ne pas le faire, les seconds acceptant ainsi que le choix des premiers
leur soit imposé. C'est un principe de base de la démocratie.
Moi, je ne m'attendais pas du tout à une prise du pouvoir par
la force au Mali, pas plus que je pouvais le prévoir et cela pour trois
raisons. D'abord parce que je pensais que même imparfaite, la démocratie est
devenue désormais un acquis dans le cœur de mes compatriotes. Ensuite parce que
des élections présidentielles sont prévues dans un peu plus d'un mois et que
les déçus d'ATT auront l'occasion non seulement de le voir partir, mais en plus
de faire le choix de celui qui, selon eux, conviendrait mieux au Mali. Enfin
parce que je me disais que personne n'imagine faire reculer le Mali de 20 ans,
au moment même où notre système politique est montré comme un exemple de
démocratie apaisée. Le mois de mars est décidément celui des troubles et des
coups d'état au Mali.
Au fond, la question fondamentale que pose ce coup d'état
n'est pas de savoir si on est pour ou contre le président ATT. Ce à quoi nous
faisons face est ceci : ATT ayant été élu lors d'une élection présidentielle
libre, transparente et démocratique et légitimé par le choix du peuple malien,
peut-on accepter qu'un groupe d'hommes de rang ou de sous-officiers qui ne
représentent qu'eux-mêmes, décident d'interrompre une telle démarche
démocratique en prenant le pouvoir par la force ? S'ils voulaient le départ
d'ATT, il est clair qu'ayant attendu 10 ans, ils pouvaient encore attendre un
mois de plus.
Quelle sera la crédibilité ou même la valeur des élections que
les putschistes prétendent vouloir organiser plus tard si les citoyens maliens qui
auront à y participer savent d'avance que leur vote pourra être, dans quelques
années, confisqué par un groupe de militaires mécontents ? On peut être contre
ATT, sa politique, sa façon de gouverner le Mali, mais ce sont les citoyens,
par la sanction de leur vote, qui doivent décider de son départ. Autrement, on
passe d'une démocratie en construction vers l'anarchie, ou pire, la jungle. Que
ceux qui se satisfont aujourd'hui de ce coup d'état, sous le prétexte qu'ils
voulaient le départ d'ATT, gardent à l'esprit que celui qu'ils
"choisiront" plus tard ne sera pas à l'abris si l'on cautionne cette
façon de prendre le pouvoir.
Le mécontentement est légitime, la colère peut être saine,
mais un coup d'état qui intervient en dehors de toute violation grave de la
constitution ou de toute haute trahison de la part du pouvoir en place, ne se
justifie d'aucune manière ni ne se cautionne.
Aujourd'hui, une fois encaissé ce coup de tonnerre, je me pose
plusieurs questions. Des militaires qui affaiblissent leur Etat en temps de
guerre n'auront-ils pas du mal à convaincre qu'ils recherchent le bien du pays
? Dans une telle période n'est-ce pas l'unité de la Nation face à l'agression
qui devrait être recherchée par dessus tout ? Comment le pouvoir du Mali a t'il
pu être confisqué aussi facilement, sans résistance de ses tenants pour le
défendre ? A qui profite le désordre, les pillages, l'arrêt de la machine
économique, la suspension de l'aide au développement, l'enlisement de la guerre
dans le Nord ? Comment les soi-disant démocrates d'hier, acteurs et héros
supposés du 26 mars 1991, ont pu se réjouir si vite d'un coup d'Etat dans le
Mali de 2012 et tendre la main aussi rapidement et opportunément aux putschistes
?
A suivre…
3 commentaires:
ngavespeMon jeune frère,
Je salue la pertinence de ton analyse,mais dans le silence brisé nous avons dit que si un coup d'état est un mal, celui - ci est un mal nécessaire. Savez - vous, jeune frère que sans cela les élections allaient se tenir sans le Nord, savez - vous que ni à Goundam il n' y a ni administration ni forces de sécurité ou d'ordre, même hier matin les rebelles étaient à Goudam et Diré. Nous n'avons vu aucun parti politique se préoccuper de cette situation et ce sentiment de citoyen de seconde zone a ressurgi, celui de Mali inutile aussi.
ngavespeMon jeune frère,
Je salue la pertinence de ton analyse,mais dans le silence brisé nous avons dit que si un coup d'état est un mal, celui - ci est un mal nécessaire. Savez - vous, jeune frère que sans cela les élections allaient se tenir sans le Nord, savez - vous que ni à Goundam il n' y a ni administration ni forces de sécurité ou d'ordre, même hier matin les rebelles étaient à Goudam et Diré. Nous n'avons vu aucun parti politique se préoccuper de cette situation et ce sentiment de citoyen de seconde zone a ressurgi, celui de Mali inutile aussi.
Bonjour mon frére
Tes commentaires sont pertinents. Le Nord du Mali est carrement à l'abandon aux forces rebelles qui n'atteendent que le temps propice pour nous asservir. Pour cela il faudrait qu'ils marchent sur nos cadavres. Cette terre ne les appartient pas.
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