Les revendications autonomistes du MNLA cachent
une réalité malienne : le Mali figure parmi les pays les plus décentralisés de
la l’Afrique au sud du Sahara. La plupart des pays voisins viennent s'inspirer
de notre exemple en matière de décentralisation, de déconcentration et de
développement économique local. (Je sais pourtant que désormais il ne faudra
plus nous ériger en exemple, il suffit de voir ce qu’est devenu en quelques
jours notre "démocratie exemplaire").
Au cours des 15 dernières années le Mali
a mis en place toute une arsenal juridique, administratif et même le cadre
financier du transfert de compétences et de responsabilités vers les
collectivités région. Un nouveau découpage régional était même dans le pipeline
de ATT. Il reste néanmoins le nœud de la guerre : le transfert des ressources
financières ! Encore faudrait-il que lesdites ressources existent.
De fait, ce qui empêche nos régions de
fonctionner et de se développer de façon autonome, c'est d’abord le manque de
compétences des élus locaux à faire vivre leurs régions : incapacité à
mobiliser les ressources locales et à planifier le développement stratégique de
la région. Elles disposent pourtant des prérogatives en matière de collecte
d'impôt et de réalisation d'infrastructures structurantes. Nous avons donc une
décentralisation formelle, mais pas encore de décentralisation réelle.
C’est ensuite le doute sur la viabilité
économique des régions. Un de mes amis m’écrivait : « Ceux qui
penchent pour une "autonomie" plus ou moins élargie des 3 régions du
nord réalisent-ils qu’elles n'ont pas les moyens économiques de leur autonomie
? Avant conflit, la population du Nord-Mali était entre 1.5 et 2 millions
selon les statistiques. La contribution au PIB n'était que de 2% et les
recettes fiscales très faibles dans l'ensemble. La population de la région de
Kidal était de 70.000 personnes avant conflit et ATT avait coutume de dire que
les recettes fiscales de cette région ne suffisent même pas à faire tourner
l'hôpital de Kidal... »
Les visées autonomistes du MNLA, ce n’est donc rien moins que la recherche
d’un permis de traficoter tranquilles, dans un espace idéal pour des trafics en
tous genres. Sinon, lorsqu'on regarde les indicateurs de développement au Mali,
quelle est la région qui pourrait se targuer d'avoir déjà ce que le MNLA
réclame ? (En ne parlant qu'au nom de leur seule organisation dont on
connaît désormais le poids).
« Dans ces conditions, pourquoi ce sophisme qui consiste à faire croire
que plus de décentralisation et d'autonomie se traduiront par une meilleure
gestion et plus de sécurité ? Le Nord du Mali ne possède aujourd'hui aucune
ressource permettant de garantir une autonomie fonctionnelle. Plus que le reste
du pays, le Nord est très dépendant et pour l'instant les populations vivent
dans des équilibres écologiques très fragiles. Aucune des ressources qui font
vivre le Mali d'aujourd'hui (or, coton) ne se trouvent au nord de Mopti. Les
richesses potentielles de cette région (pétrole, minerais) nécessiteront
d'abord des milliards d'investissements et de longues années avant d'être
exploitables. Et surtout de la sécurité ».
Parce que nous sommes dans un pays
pauvre, tout est à faire partout. Tant qu'on aura pas refondé notre Nation sur
des bases égalitaires de développement, avec une juste répartition des maigres
ressources dont nous disposons, on aura pas la paix des régions. Méditez ceci :
près de 70% des dépenses publiques sont concentrées à Bamako et environs où
vivent 1 malien sur 10 !
1 commentaire:
Merci beaucoup M. Haidara pour vos commentaires. Je vois en vous quelqu'un qui connait tres bien les realites du Mali (et en particulier celles du nord). Je vous souhaite beaucoup de courage. Moussa
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