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mercredi 17 octobre 2012

L’autonomie…pour vivre de quoi ?


Les revendications autonomistes du MNLA cachent une réalité malienne : le Mali figure parmi les pays les plus décentralisés de la l’Afrique au sud du Sahara. La plupart des pays voisins viennent s'inspirer de notre exemple en matière de décentralisation, de déconcentration et de développement économique local. (Je sais pourtant que désormais il ne faudra plus nous ériger en exemple, il suffit de voir ce qu’est devenu en quelques jours notre "démocratie exemplaire").
Au cours des 15 dernières années le Mali a mis en place toute une arsenal juridique, administratif et même le cadre financier du transfert de compétences et de responsabilités vers les collectivités région. Un nouveau découpage régional était même dans le pipeline de ATT. Il reste néanmoins le nœud de la guerre : le transfert des ressources financières ! Encore faudrait-il que lesdites ressources existent.
De fait, ce qui empêche nos régions de fonctionner et de se développer de façon autonome, c'est d’abord le manque de compétences des élus locaux à faire vivre leurs régions : incapacité à mobiliser les ressources locales et à planifier le développement stratégique de la région. Elles disposent pourtant des prérogatives en matière de collecte d'impôt et de réalisation d'infrastructures structurantes. Nous avons donc une décentralisation formelle, mais pas encore de décentralisation réelle.
C’est ensuite le doute sur la viabilité économique des régions. Un de mes amis m’écrivait : « Ceux qui penchent pour une "autonomie" plus ou moins élargie des 3 régions du nord réalisent-ils qu’elles n'ont pas les moyens économiques de leur autonomie ? Avant conflit, la population du Nord-Mali était entre 1.5 et 2 millions selon les statistiques. La contribution au PIB n'était que de 2% et les recettes fiscales très faibles dans l'ensemble. La population de la région de Kidal était de 70.000 personnes avant conflit et ATT avait coutume de dire que les recettes fiscales de cette région ne suffisent même pas à faire tourner l'hôpital de Kidal... »
Les visées autonomistes du MNLA, ce n’est donc rien moins que la recherche d’un permis de traficoter tranquilles, dans un espace idéal pour des trafics en tous genres. Sinon, lorsqu'on regarde les indicateurs de développement au Mali, quelle est la région qui pourrait se targuer d'avoir déjà ce que le MNLA réclame ? (En ne parlant qu'au nom de leur seule organisation dont on connaît désormais le poids).
« Dans ces conditions, pourquoi ce sophisme qui consiste à faire croire que plus de décentralisation et d'autonomie se traduiront par une meilleure gestion et plus de sécurité ? Le Nord du Mali ne possède aujourd'hui aucune ressource permettant de garantir une autonomie fonctionnelle. Plus que le reste du pays, le Nord est très dépendant et pour l'instant les populations vivent dans des équilibres écologiques très fragiles. Aucune des ressources qui font vivre le Mali d'aujourd'hui (or, coton) ne se trouvent au nord de Mopti. Les richesses potentielles de cette région (pétrole, minerais) nécessiteront d'abord des milliards d'investissements et de longues années avant d'être exploitables. Et surtout de la sécurité ». 
Parce que nous sommes dans un pays pauvre, tout est à faire partout. Tant qu'on aura pas refondé notre Nation sur des bases égalitaires de développement, avec une juste répartition des maigres ressources dont nous disposons, on aura pas la paix des régions. Méditez ceci : près de 70% des dépenses publiques sont concentrées à Bamako et environs où vivent 1 malien sur 10 !

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Merci beaucoup M. Haidara pour vos commentaires. Je vois en vous quelqu'un qui connait tres bien les realites du Mali (et en particulier celles du nord). Je vous souhaite beaucoup de courage. Moussa